mardi 27 mai 2025 / /

Gabon / L’exclusivité accordée à E-Tech SAS dans les jeux en ligne fait polémique

Libreville, 23 mai 2025 .BWM– Une décision ministérielle adoptée le 23 avril 2025 continue de faire des vagues dans l’écosystème économique gabonais. Par l’arrêté n°001551/MIS, le gouvernement a officiellement confié à la société eTech SAS le monopole de l’agrégation des flux financiers liés aux jeux de hasard en ligne. Une centralisation sans précédent, présentée comme un gage de transparence et de contrôle fiscal, mais qui soulève de vives inquiétudes sur le respect des principes de concurrence et de souveraineté économique.

Une désignation précipitée et controversée

Créée peu de temps avant sa nomination officielle, eTech SAS a commencé à informer certains opérateurs de son rôle exclusif dès le 14 avril 2025, soit dix jours avant la signature de l’arrêté. Ce calendrier alimente les soupçons de collusion et de favoritisme, d’autant plus que la sélection de l’entreprise s’est faite sans appel d’offres ni procédure concurrentielle transparente.

Dans un article publié par Finance numérique le 21 mai, l’économiste Gwenael Nze de Souza s’inquiète des conséquences de cette centralisation sur l’économie nationale. Plusieurs entreprises locales, pourtant en règle et techniquement compétentes, risquent d’être évincées du marché. "C’est une mise à mort de l’initiative privée au profit d’un acteur unique adoubé par l’État", dénonce-t-il.

Des principes constitutionnels et communautaires remis en question

Les critiques ne s’arrêtent pas à l’aspect économique. Juridiquement, l’initiative pourrait contrevenir aux dispositions de l’OHADA sur la liberté de concurrence, ainsi qu’aux articles de la Constitution gabonaise garantissant la liberté d’entreprendre. Pour Nze de Souza, l’État doit encadrer, non confisquer, un secteur aussi stratégique.

Un précédent camerounais renforce ces inquiétudes : en 2023, Yaoundé avait tenté d’imposer un agrégateur unique pour les jeux en ligne, avant de faire machine arrière sous la pression de la société civile et des entrepreneurs locaux.

Le gouvernement défend son choix

Le ministre de l’Intérieur, Hermann Immongault, a tenu à défendre la mesure. Dans un communiqué daté du 20 mai, il affirme que le partenariat public-privé avec eTech SAS est légal et vise à lutter contre l’opacité d’un secteur en pleine croissance. Il assure également que la société est majoritairement gabonaise et emploie localement.

Mais ces assurances ne suffisent pas à calmer la grogne. Pour de nombreux observateurs, cette décision affaiblit le tissu entrepreneurial gabonais et va à l’encontre des engagements du président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui affirmait encore récemment vouloir renforcer la souveraineté économique nationale.

Vers un modèle plus inclusif ?

Des voix s’élèvent désormais pour réclamer une révision du modèle. Une alternative évoquée serait un système de certification ouvert à plusieurs agrégateurs locaux, permettant de concilier transparence des flux et stimulation de l’innovation nationale.

Alors que le débat prend de l’ampleur, le gouvernement devra choisir entre maintenir le cap ou réévaluer une stratégie de régulation qui, sous couvert d’efficacité, pourrait bien coûter cher à l’économie gabonaise.

Camille AKOUMA 

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