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Gabon/RADIATION DE 8 POLICIÈRES ENCEINTES : Discipline ou discrimination ? La hiérarchie policière piégée par un texte dépassé

Libreville, Le 09 Juillet 2026. BMW– Huit jeunes élèves-policières radiées pour « grossesse ». La décision 06025 du Commandement en chef des Forces de police nationale, publiée le 10 juillet 2026, a mis le feu aux poudres. Sur le papier, la hiérarchie est irréprochable : elle a appliqué "l’article 17 du décret de 2019" sur le statut des élèves-policiers. Dans le fond, elle fait fausse route, car en 2026, "un règlement intérieur ne peut plus passer au-dessus de la Constitution", ni des conventions internationales que le Gabon a lui-même ratifiées.

A qui la Faute?

 La faute juridique  est un décret de 2019 qui viole des normes supérieures.Que dit le texte appliqué ? Il assimile la grossesse à une faute justifiant une "radiation définitive". En clair ,tomber enceinte pendant la formation, c’est être exclue à vie. Aucune suspension, aucun report, aucun aménagement n'est autorisé.

Le problème  est que Cette « faute » n’en est pas une , la grossesse est un état biologique . Ce n’est ni une désertion, ni une indiscipline, ni un manquement professionnel. Sanctionner une femme pour cela, c’est sanctionner sa condition  humaine et naturelle de femme.

Or le Gabon s’est engagé sur 3 textes qui disent l’inverse :

-La CEDAW , ratifiée par le Gabon. Son article 11-2-a interdit « _le licenciement ou toute sanction professionnelle fondée sur la grossesse ou la maternité_ ».

-Le Protocole de Maputo, adopté le 11 juillet 2003 et ratifié par Libreville. Il garantit aux femmes « _l’égalité d’accès à l’emploi_ » et une « _protection contre toutes les formes de discrimination professionnelle liées à leur condition féminine_ ».

-La Constitution gabonaise: L’article 90 place les traités internationaux au-dessus des lois et des règlements. Le Préambule affirme l’égalité sans distinction de sexe et prévoit "une protection particulière pour la femme "en raison de la maternité.


 La Conclusion juridique  indique en son article 17 du décret de 2019 que cela est en porte-à-faux avec des normes supérieures. Une administration sérieuse ne peut pas se cacher derrière un décret pour violer la Constitution. C’est l’inverse : le décret doit être adapté à la Constitution.

La faute de logique : deux poids, deux mesures dans la Police: la Police nationale invoque la discipline. Dans un corps de souveraineté, l’ordre et la disponibilité sont sacrés. Personne ne conteste ce principe.

Mais la Police sait déjà faire preuve de souplesse. Quand un élève-policier se blesse en formation, on ne le radie pas. On suspend, on reporte, on aménage. Pourquoi ? Parce qu’on considère que c’est temporaire et que le pays a besoin de lui.

La maternité est exactement la même chose : une indisponibilité temporaire de Neuf mois. Puis la femme revient. La traiter différemment d’un blessé, c’est reconnaître qu’on discrimine. Et c’est exactement ce que la CEDAW interdit.

Vouloir de la disponibilité opérationnelle est légitime. Mais y répondre par une exclusion définitive est disproportionné. C’est utiliser un marteau-pilon pour écraser une mouche.


La faute politique : une dissonance avec la Vᵉ République:

Cette radiation intervient au pire moment. Le 5 janvier 2026, lors du premier Conseil des ministres, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait de la lutte contre les discriminations de genre une priorité. Le 8 mars 2026, il a réaffirmé l’engagement de l’État pour « l’égalité des chances et l’autonomisation des femmes_ ».

La Première Dame, Zita Oligui Nguema, porte elle-même depuis 2025 le Réseau national des femmes leaders. Alors Comment expliquer aux Gabonais que dans le même temps, une administration de l’État radie des femmes pour avoir été enceintes ?

C’est une dissonance grave entre le discours des plus hautes autorités et la pratique de terrain. Au moment où le Gabon veut améliorer son image en matière de droits humains, cette décision envoie le mauvais signal.

Même les armées les plus strictes ont déjà évolué.

Le 19 avril 2022, l’US Army a réformé sa politique sur la grossesse et le post-partum. Résultat : moins de départs, plus de fidélisation, et aucune perte d’efficacité opérationnelle.

Adapter ses règles, ce n’est pas être faible. C’est être moderne.C’est reconnaître que la force d’une institution tient aussi à sa capacité à évoluer.

 En définitive, une seconde chance, devra être accordée pour l’honneur de la Police et du Gabon.Derrière ces 8 radiations, il y a 8 parcours brisés, 8 familles fragilisées, 8 vocations sacrifiées . Des femmes courageuses qui avaient choisi de servir le Gabon.

La hiérarchie de la police n’a pas commis un délit. Elle a appliqué un texte. Mais elle a eu tort de ne pas interroger ce texte à l’aune des engagements du Gabon. En droit, comme en politique, "la grandeur d’une institution se mesurerait à sa capacité à se corriger".


Monsieur le Commandant en chef, Monsieur le Président, Chef suprême des Armées : il est encore temps un recours gracieux, un réexamen des dossiers, une mise en conformité du décret de 2019 avec la CEDAW et le Protocole de Maputo.Car une République forte n’est pas celle qui exclut le plus. C’est celle qui sait transformer une difficulté en progrès.


Antine ETOUGHE

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