La Gouvernance foncière au cœur des débats : l’AAEENAF/INSP-Gabon ouvre une réflexion stratégique sur les conflits fonciers en Afrique
Libreville, 30 juin 2026. BWM – Face à la multiplication des conflits liés à la terre sur le continent africain, l’Association des Anciens Élèves de l’ENA France – Section Gabon (AAEENAF/INSP-Gabon), en partenariat avec l’Ambassade de France au Gabon, a organisé ce mardi 30 juin 2026 une conférence annuelle à l’Institut français du Gabon.
Placée sous le thème « La politique foncière de l’Union africaine à l’épreuve d’une conflictualité multiforme », cette rencontre de haut niveau a réuni des responsables publics, des diplomates, des universitaires, des experts et des étudiants autour d’une problématique devenue l’un des principaux défis du développement et de la stabilité en Afrique.
La cérémonie s’est tenue en présence du Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, et de l’Ambassadeur de France au Gabon, Fabrice Mauriès, témoignant de l’importance accordée par les autorités gabonaises et les partenaires internationaux aux enjeux de gouvernance foncière.
L’intervention principale a été assurée par Ladislas Nzé Békalé, représentant du Président de la Commission de l’Union africaine en Côte d’Ivoire, enseignant-chercheur, docteur en Histoire militaire et Études de défense, ainsi qu’auteur de plusieurs ouvrages de référence. Son exposé a proposé une analyse approfondie des politiques foncières africaines à la lumière des crises contemporaines qui secouent le continent.
Dès l’introduction de sa communication, l’universitaire a replacé la question foncière dans le cadre des politiques publiques internationales. Il a expliqué que le foncier ne constitue plus seulement un enjeu agricole ou patrimonial, mais qu’il est désormais un véritable facteur de sécurité, de développement économique, de souveraineté et de paix sociale.
Dans un contexte marqué par la croissance démographique, l’urbanisation accélérée, les effets du changement climatique, les investissements internationaux et les déplacements de populations, la gestion des terres est devenue une priorité stratégique pour les États africains.
Ladislas Nzé Békalé a ensuite démontré comment le foncier s’est progressivement imposé comme un problème public africain. Selon lui, la compétition pour l’accès aux terres, la coexistence parfois conflictuelle entre droits coutumiers et législation moderne, la faiblesse des systèmes cadastraux, ainsi que les difficultés de sécurisation des droits de propriété alimentent de nombreuses tensions communautaires et politiques.
Le conférencier s’est particulièrement intéressé aux instruments élaborés par l’Union africaine pour améliorer la gouvernance foncière. Il a rappelé que les lignes directrices continentales encouragent les États à mettre en place des politiques inclusives, transparentes et respectueuses des droits des communautés locales. Toutefois, il a souligné que l’efficacité de ces mécanismes demeure inégale selon les pays, en raison notamment des capacités institutionnelles limitées, de l’insuffisance des moyens techniques, de la corruption et parfois du manque de volonté politique.
Une large partie de la conférence a porté sur les déterminants des conflits fonciers en Afrique. L’intervenant a expliqué que ces conflits trouvent leur origine dans plusieurs facteurs combinés : la pression démographique, les conflits entre éleveurs et agriculteurs, l’expansion urbaine, les revendications identitaires, mais aussi l’exploitation des ressources naturelles. À cela s’ajoutent les difficultés d’application des textes juridiques et l’absence de mécanismes efficaces de médiation.
L’une des séquences les plus attendues de cette conférence concernait l’acquisition massive des terres par les multinationales. Ladislas Nzé Békalé a analysé les conséquences sociales, économiques et politiques de ces investissements lorsqu’ils ne sont pas suffisamment encadrés. Il a évoqué les risques de déplacement des populations, la perte des terres agricoles, les tensions avec les communautés locales ainsi que les interrogations relatives au partage équitable des bénéfices issus de ces projets.
Tout en reconnaissant les efforts entrepris par l’Union africaine pour définir un cadre commun de gouvernance foncière, l’expert a estimé que plusieurs insuffisances persistent. Les instruments actuels, a-t-il indiqué, présentent encore des limites face à la complexité des conflits contemporains, notamment lorsqu’ils impliquent des acteurs économiques internationaux ou des intérêts géopolitiques majeurs. Il a plaidé pour un renforcement des mécanismes de prévention, une meilleure harmonisation des législations nationales et une implication plus forte des communautés locales dans les processus décisionnels.
Au-delà des aspects techniques, cette conférence a permis de rappeler que la question foncière constitue aujourd’hui un enjeu transversal qui touche à la sécurité alimentaire, à la protection de l’environnement, à la gouvernance démocratique, à la cohésion sociale et à la prévention des conflits armés. Les échanges entre les participants ont mis en évidence la nécessité d’une approche multidisciplinaire associant juristes, économistes, géographes, historiens, responsables politiques et acteurs de la société civile.
En organisant cette conférence annuelle, l’AAEENAF/INSP-Gabon confirme sa volonté d’alimenter le débat public sur les grandes questions de gouvernance qui concernent le continent africain. Pour les organisateurs, la maîtrise des enjeux fonciers constitue désormais une condition essentielle de la stabilité politique, de l’attractivité économique et du développement durable des États africains.
Cette rencontre aura ainsi offert un espace de réflexion de haut niveau sur les défis auxquels l’Union africaine est confrontée dans la mise en œuvre de sa politique foncière.
Elle rappelle qu’au-delà des textes et des recommandations, la prévention durable des conflits fonciers repose avant tout sur des institutions solides, une gouvernance transparente et une volonté politique capable de concilier investissements, sécurité juridique et protection des droits des populations.
Par Guy vianney NGOSSANA