lundi 13 avril 2026 / /

"Testament ou tensions ": le dilemme gabonais enfin décrypté par Rodrigue Éric MBONE OBAME

Libreville, Institut français du Gabon, Le 11 avril 2026.Dans un pays où l’on peut se disputer pour un terrain avant même qu’il ne soit acheté, la question de la succession relève parfois plus du sport national que du droit civil. C’est dans ce contexte délicieusement explosif que paraît « La Succession au Gabon », un ouvrage qui pourrait bien éviter à certaines familles de transformer les veillées mortuaires en réunions de crise dignes d’un conseil de guerre.

Derrière ce guide à la fois sérieux et salvateur se trouve Rodrigue Éric Mbone Obame, un nom qui, à défaut d’être encore scandé dans les rues, mérite déjà le respect dans les couloirs feutrés du droit privé. Né à Port-Gentil, formé à l’Université Dakar-Bourguiba, agent public et Officier de Police Judiciaire, l’homme n’est pas du genre à écrire pour faire joli. Il écrit pour que les choses soient en ordre. Et dans un pays où l’ordre administratif peut parfois relever du miracle, c’est presque un acte militant.

Son livre, publié aux Editions FILIGA, arrive comme une bouffée d’air frais dans une atmosphère souvent saturée de malentendus familiaux, de testaments inexistants et de cousins “subitement proches” du défunt. Oui, au Gabon, il suffit parfois d’un décès pour découvrir que la famille est plus grande que prévu et beaucoup plus intéressée.

Avec une plume claire et un ton rigoureux, l’auteur dissèque les mécanismes de la succession : de la dévolution successorale aux droits du conjoint survivant, en passant par les conflits, ces fameux conflits où chacun devient expert en droit dès qu’un terrain est en jeu. Il rappelle surtout une vérité simple mais souvent ignorée : mieux vaut prévoir sa succession de son vivant que de laisser ses héritiers improviser un feuilleton judiciaire après votre départ.

Mais là où l’ouvrage devient subtilement ironique (malgré lui), c’est dans ses recommandations. Faire appel à un notaire ? Anticiper ? Organiser ? Autant de conseils qui semblent évidents mais qui, dans la pratique, sont souvent relégués au rang des bonnes intentions. Car au Gabon, parler de succession avant la mort est parfois perçu comme un manque de foi, voire une provocation métaphysique.

Et pourtant, comme le souligne l’auteur, ne rien prévoir revient à léguer bien plus que des biens : on transmet aussi des conflits, des rancœurs et parfois des procès interminables. Une sorte d’héritage invisible, mais terriblement efficace.

Au-delà de son aspect juridique, « La Succession au Gabon » est donc un véritable outil de pacification sociale. Un livre qui, s’il était lu massivement, pourrait réduire le nombre de disputes familiales et peut-être même sauver quelques relations fraternelles au passage.

Engagé dans plusieurs associations culturelles et sociales, Rodrigue Éric Mbone Obame incarne une nouvelle génération d’intellectuels : ceux qui ne se contentent pas d’analyser les problèmes, mais qui proposent des solutions concrètes. Et dans un pays où les textes de loi sont parfois aussi respectés que les limitations de vitesse sur une route vide, cela mérite d’être salué.

En somme, cet ouvrage pose une question simple, mais fondamentale : et si mourir au Gabon devenait enfin une affaire bien organisée ?

Une chose est sûre : grâce à ce livre, certains héritiers pourraient bien perdre des disputes mais gagner en dignité. Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie succession.


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