Gabon/ La liberté de la presse dort assis sur une chaise. Harold Leckat serait- il accusé d'aimer trop la vérité ?
Libreville, 20 octobre 2025 . BMW -Au Gabon, certains délits semblent avoir changé de nature. Jadis, on poursuivait les voleurs de deniers publics. Aujourd’hui, on s’en prend à ceux qui osent voler la vedette au mensonge. Harold Leckat, Directeur de publication de Gabon Media Time (GMT), en serait la dernière victime.
Revenu tout récemment d’une formation à Montpellier, il a été accueilli à sa descente d’avion, non pas par sa famille, mais par des hommes sans uniforme clair, sans badge visible, mais manifestement très enthousiastes à l’idée d’exercer une « arrestation express ». Destination : la Direction Générale des Recherches (DGR), Camp Roux.
Depuis le 15 octobre, le journaliste serait maintenu en garde à vue, dans des conditions qu’on qualifierait volontiers de « spartiates », si elles ne sont pas tout simplement inhumaines. Dormir assis, menotté à une chaise, sans accès régulier à l’eau, ni aux toilettes, ni à l’hygiène de base voilà le régime réservé à un homme dont le seul crime a été de manier la plume mieux que certains ne manipulent la propagande.
On l’accuserait de détournement de fonds publics dans le cadre d’un contrat commercial entre Global Media Time (l’agence qu’il dirige) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Un contrat signé, exécuté, facturé, puis rompu unilatéralement par la CDC. Bref, une affaire commerciale banale devenue soudain un dossier pénal explosif.
Harold Leckat, rappelons-le, n’est ni fonctionnaire, ni comptable public, ni trésorier de la République. Pourtant, on lui reprocherait d’avoir perçu des paiements en bonne et due forme pour des prestations de communication. À ce rythme, le jour n’est pas loin où l’on accusera les journalistes de vol de nuages pour avoir capturé l’air du temps.
Mais derrière cette accusation trouble, se cache un malaise profond : le succès d’un média qui n’a jamais plié face au pouvoir. Depuis sa création en 2016, Gabon Media Time s’est imposé comme une voix libre, audacieuse et exigeante , tout en respectant la partialité. Un média qui parle des oubliés, des injustices, des vérités qui dérangent. Autant dire un caillou dans la chaussure des puissants.
Ironie du sort : ceux-là mêmes qui saluaient hier le courage du journaliste, lors de la chute du régime Bongo semblent également l’avoir oublié aujourd'hui .C’est pourtant lui qui, avec Mays Mouissi, co-signe le fameux rapport « 105 promesses, 13 réalisations », un document qui a secoué l’opinion nationale et internationale.
Patriote, père de famille, employeur d’une quinzaine de jeunes Gabonais diplômés, Harold Leckat est tout sauf un délinquant. Mais il semblerait que, dans certains bureaux feutrés, on préfère les patriotes silencieux aux citoyens lucides.
L’article 16 de la Constitution gabonaise est pourtant clair : << nul ne peut être gardé à vue s’il présente des garanties suffisantes de représentation. Domicile fixe ? . Emploi régulier ? Attaches familiales solides ? Présence volontaire au pays ? C'est un Oui à toutes ces questions.
Mais la logique institutionnelle aurait ses caprices :<< il vaut mieux menotter un journaliste honnête que de convoquer un escroc en cravate. Pendant que certains dorment paisiblement sur leurs millions, Harold Leckat, lui, dort assis preuve que dans notre pays, la verticalité morale se paierait au prix fort.
En vérité, ce qui dérange n’est pas l’argent, mais la liberté. Car la plume d’Harold Leckat n’épargne personne, et surtout pas ceux qui confondent la République avec leur carnet d’adresses.
Son arrestation ressemble à une en scène , voir mise en garde adressée à toute la presse indépendante : « Taisez-vous, ou prenez une chaise au Camp Roux ».
les organisation patronale de presse le disent avec force :<< Harold Leckat n’est pas un détourneur, mais un dérangeur. Et déranger, dans une démocratie en construction>>,c’est un devoir civique.
La presse n’a pas vocation à flatter le pouvoir, mais à l’éclairer.Elle ne doit pas obéir, mais observer.Et si, pour cela, elle doit dormir menottée, alors c’est notre société entière qui est en détention préventive.
Une déclaration faite par un journaliste libre, membre du collectif OPAM-UPJ-RENAJI-RSF, pour la défense d’une presse debout, même quand on veut la faire asseoir.