Gabon /« Osez prendre votre place ! », l’appel lancé par l’ incubateur Odyssée féminine
Libreville, le 27 Septembre 2026. BWM -Et si prendre sa place commençait simplement par oser ? C’est autour de cette interrogation que l’Odyssée féminine a réuni, samedi 26 septembre 2026 à ABC Mall, plusieurs femmes issues de secteurs différents à l’occasion de la conférence « Pleinement sa place », placée sous le thème « Femmes, osez prendre votre place ».
Entrepreneuriat, leadership, mentorat, droits des femmes, indépendance économique et affirmation de soi : pendant plusieurs heures, les échanges ont invité les participantes à dépasser les barrières, souvent sociales ou personnelles, qui freinent encore leur épanouissement.
Présidée par Gessyska Ella Ekogha, l’Odyssée féminine entend ainsi créer un espace de transmission, d’inspiration et de réflexion autour de la place des femmes dans la société.
La rencontre était animée par la journaliste Antine Etoughe, avec Mme Virginie Mounanga comme marraine de l'événement et qui s'est fait représenter par Mme Danielle NDONG.
Le premier panel, intitulé « Oser prendre sa place :<< transformer son identité en opportunité », a réuni Mme Laeticia Diweckou, ancienne Ministre et inspecteur des services, ainsi que Mme Laetitia TESSIER, d' event designer.
Les échanges ont rapidement dépassé le simple discours motivationnel. Les deux intervenantes ont partagé leurs expériences et insisté sur la nécessité, pour les femmes, de ne pas attendre que les opportunités viennent systématiquement à elles.
Oser, se former, aller vers les autres, créer son réseau et surtout passer à l’action : autant de leviers présentés comme indispensables pour transformer une compétence ou une idée en véritable opportunité.
La question du mentorat a notamment occupé une place importante dans les discussions. Face au constat d’un manque de participation de certaines jeunes femmes à ce type de rencontres, l’idée d’une meilleure transmission intergénérationnelle a été défendue.
Pour les intervenantes, les femmes ayant déjà parcouru un certain chemin ont aussi une responsabilité : partager leur expérience avec les générations suivantes, afin que celles-ci puissent éviter certaines erreurs et bénéficier de conseils qu’elles n’ont parfois pas eus au début de leur parcours.
Mais le mentorat ne saurait remplacer l’initiative personnelle. Encore faut-il oser aller vers ceux qui peuvent transmettre.
De la banque à la géolocalisation : quand une idée devient une entreprise
L’un des témoignages les plus marquants du premier panel est venu illustrer concrètement cette philosophie.
Issue d’une formation en communication et en ressources humaines, une intervenante a expliqué comment elle s’était retrouvée dans le secteur bancaire avant de connaître une période de chômage. Plutôt que de rester dans l’attente d’un nouvel emploi, elle a cherché à identifier un besoin autour d’elle.
C’est ainsi qu’elle s’est intéressée à la géolocalisation des véhicules, après avoir constaté les difficultés rencontrées par certaines entreprises de transport pour suivre leurs véhicules et leurs chauffeurs.
Sans être informaticienne, elle s’est documentée, notamment grâce aux ressources disponibles en ligne, puis a élaboré une offre commerciale.
Elle a ensuite commencé à frapper aux portes des entreprises.
Son premier contrat illustre parfaitement le message porté durant la conférence : ne pas attendre d’avoir toutes les conditions réunies pour commencer.
Avec un projet sur papier, des techniciens identifiés et un fournisseur, mais sans disposer encore du matériel nécessaire, elle a réussi à convaincre un premier client de lui faire confiance et de financer l’achat du matériel.
Depuis 2021, cette expérience s’est transformée en activité professionnelle dans le domaine de la géolocalisation.
Un témoignage qui résume une conviction partagée par les panélistes : la vision peut précéder les moyens.
« Femme, connais tes droits » : l’autre bataille
Le deuxième panel a changé de terrain pour s’intéresser à une question tout aussi essentielle : la connaissance et la défense des droits des femmes.
Intitulé « Femme, connais tes droits, affirme ta voix et prends ta place », il réunissait Mme Linda Bongo Ondimba, magistrate, et Mme Marie Nadège Edjebadi épouse Boulingui, enseignante du second degré.
Ici, le message était beaucoup plus juridique : une femme qui ne connaît pas ses droits peut difficilement les défendre.
Mariage, divorce, succession, travail, violences, harcèlement, patrimoine, pension alimentaire ou encore relations professionnelles : les échanges ont permis de rappeler l’importance pour les femmes de s’informer sur les règles qui encadrent leur quotidien.
Mme Linda Bongo Ondimba a notamment insisté sur un élément souvent négligé : la preuve.
Avoir raison ne suffit pas nécessairement devant une juridiction. Il faut pouvoir établir les faits à travers des éléments matériels : documents, contrats, reçus, certificats médicaux, échanges écrits ou tout autre élément susceptible d’étayer une démarche.
Une recommandation qui s’est résumée à un principe simple : laisser des traces écrites de ses engagements et conserver les preuves de ses transactions.
Les échanges ont également permis d’aborder différentes formes de violences faites aux femmes.
Au-delà des violences physiques, les intervenantes ont évoqué les violences morales, sexuelles, économiques et patrimoniales, ainsi que certaines pratiques traditionnelles susceptibles de porter atteinte aux droits et à la dignité des femmes.
Le harcèlement au travail a également été évoqué, avec la nécessité de savoir distinguer les comportements problématiques et de connaître les mécanismes permettant de les signaler.
Pour les intervenantes, le problème ne réside donc pas uniquement dans l’existence des textes juridiques, mais aussi dans leur connaissance et leur application.
La loi peut offrir une protection, encore faut-il savoir qu’elle existe.
« Une bonne femme », selon qui ?
Le débat a également pris une dimension sociale autour de la représentation de la « bonne femme » ou de la « bonne épouse ».
Les intervenantes ont questionné les normes sociales qui conduisent parfois certaines femmes à confondre soumission, silence et respect.
L’une des idées fortes développées durant les échanges est qu’une femme ne devrait pas être réduite à sa capacité à supporter en silence.
La question de l’autonomie, du respect mutuel dans le couple et de la sécurité affective a ainsi été mise en avant.
Prendre sa place ne signifie donc pas nécessairement entrer en conflit avec les hommes. Il s’agit aussi de connaître sa position, savoir exprimer ses limites et participer aux décisions qui concernent sa propre vie.
Les discussions ont également soulevé une question moins consensuelle : pourquoi multiplier les dispositifs spécifiquement consacrés à l’entrepreneuriat féminin alors que les hommes rencontrent eux aussi des difficultés à entreprendre ?
Une partie des intervenantes a estimé que ces dispositifs ne visent pas à « infantiliser » les femmes, mais à corriger des inégalités historiques et à permettre à davantage de femmes d’accéder à la formation, à la structuration et aux réseaux nécessaires au développement de leurs activités.
L’enjeu serait donc moins de présenter les femmes comme incapables que de leur permettre de disposer des mêmes outils pour évoluer dans un environnement économique compétitif.
La structuration, la formation et l’accès à l’information ont ainsi été présentés comme des facteurs déterminants.
Au terme des deux panels, un même fil rouge s’est imposé : prendre sa place ne relève pas uniquement du discours.
Cela suppose de développer ses compétences, de construire son réseau, de connaître ses droits, de documenter ses activités, de défendre ses intérêts et surtout d’oser.
L’Odyssée féminine, à travers cette rencontre, a ainsi voulu créer un espace où les femmes peuvent se parler sans détour, confronter leurs expériences et transmettre des outils aux générations suivantes.
De l’entrepreneuriat au droit, de l’entreprise à la famille, les témoignages ont montré que les obstacles peuvent être nombreux. Mais ils ont également mis en avant une responsabilité individuelle : ne pas rester spectatrice de son propre parcours.
À ABC Mall, le message de l’Odyssée féminine était donc clair : « Femmes, osez prendre votre place ».
Une invitation à ne plus seulement attendre d’être reconnue, mais à travailler, se former, s’informer et construire les conditions permettant de faire valoir pleinement sa voix et ses compétences.
Par Guy vianney NGOSSANA